You are currently viewing L’Open space, un management du 3ᵉ type

Longtemps présenté comme le symbole d’un management moderne et collaboratif, l’open space s’est imposé dans les entreprises du monde entier. Ce modèle d’aménagement, souvent associé à la transparence, la flexibilité et la performance, soulève aujourd’hui de nombreuses interrogations. Entre promesses de productivité et réalités du quotidien, l’open space divise autant qu’il fascine.

Mais au fond, que cache ce choix d’organisation ? Est-ce une réelle évolution managériale ou une simple réponse économique à des enjeux immobiliers et budgétaires ? Et surtout, comment adapter ce modèle aux besoins humains des collaborateurs et aux nouveaux paradigmes du travail ?

Dans cet article, nous explorons en profondeur les origines, les bénéfices, les dérives et les alternatives de l’open space, pour comprendre s’il s’agit d’un management du 3ᵉ type… ou d’un mirage à repenser.


Qu’est-ce que l’open space : définition et origine du concept

Le terme « open space » désigne un espace de travail ouvert, sans cloisons fixes, où plusieurs employés partagent un même plateau. Conçu à l’origine pour favoriser les échanges et la coopération, ce modèle s’est progressivement imposé dans les grandes entreprises, les start-ups et même les administrations.

Un modèle hérité du taylorisme ou de la Silicon Valley ?

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, l’open space ne vient pas directement de la Silicon Valley. Ses premières formes remontent au début du XXᵉ siècle, dans une logique tayloriste de rationalisation de l’espace et des ressources humaines. Il a ensuite été modernisé dans les années 1960-70, notamment en Allemagne, sous le nom de « Bürolandschaft » (paysage de bureau).

Ce n’est qu’avec l’essor des start-ups tech américaines que le modèle a été revisité comme un environnement stimulant, informel et propice à l’innovation. Mais derrière l’esthétique épurée et les tables partagées, une autre réalité s’installe peu à peu.

Pourquoi les entreprises ont-elles adopté les open spaces ?

Si l’open space séduit autant, c’est qu’il répond à plusieurs objectifs pour les entreprises :

  • Réduction des coûts immobiliers (moins de cloisons, moins de mètres carrés par personne)
  • Facilitation des échanges entre les équipes
  • Supposée amélioration de la productivité collective
  • Adaptation aux nouveaux modes de travail, plus flexibles et collaboratifs

Cependant, les bénéfices attendus ne sont pas toujours au rendez-vous, surtout sur le long terme.


Les promesses du management en open space

L’open space est souvent présenté comme un levier de transformation managériale. Moins hiérarchique, plus horizontal, plus transparent : autant de valeurs plébiscitées dans les modèles d’entreprise « agiles » et collaboratives.

Favoriser la communication et la collaboration

L’un des grands arguments en faveur de l’open space est sa capacité à casser les silos. Le fait d’être physiquement proche faciliterait les échanges spontanés, la circulation de l’information et la collaboration interservices.

On parle souvent de communication informelle : celle qui ne passe ni par des mails, ni par des réunions, mais par un simple regard ou une question au-dessus de l’écran. Cela peut aussi encourager le travail en équipe et un sentiment d’appartenance renforcé.

Un levier de productivité ou une simple réduction des coûts ?

Mais si le discours officiel parle de co-création et d’intelligence collective, la réalité économique n’est jamais loin. Pour beaucoup d’entreprises, l’open space est avant tout un moyen de gagner en densité de postes de travail, donc en rentabilité.

En moyenne, un salarié en open space coûte 20 à 30 % moins cher qu’en bureau fermé, selon plusieurs études immobilières. D’où la question : s’agit-il d’une réelle volonté managériale ou d’un choix budgétaire déguisé ?


Les effets réels de l’open space sur les salariés

Si les objectifs sont séduisants sur le papier, les études menées ces dernières années dressent un constat beaucoup plus nuancé. L’open space aurait des effets ambivalents, voire négatifs, sur les conditions de travail.

Stress, bruit, manque d’intimité : les revers du modèle

Le bruit ambiant, les interruptions fréquentes et le manque d’intimité sont les plaintes les plus récurrentes des salariés en open space. Ces éléments génèrent du stress chronique, une fatigue cognitive accrue et un sentiment de surveillance permanente.

Dans un environnement où tout s’entend et se voit, il devient difficile de se concentrer, de passer un appel confidentiel ou même de gérer ses émotions en toute discrétion.

Impacts sur la concentration, la motivation et la performance

Contrairement à l’idée reçue, l’open space n’augmente pas nécessairement la productivité. Au contraire, plusieurs études (notamment du CNRS et d’Harvard Business Review) montrent une baisse des interactions directes et une augmentation des communications écrites (emails, chats) en open space.

Résultat : moins d’échanges qualitatifs, plus de fatigue mentale, et une motivation en berne chez de nombreux collaborateurs.


Open space : quelles alternatives et évolutions possibles ?

Face aux critiques croissantes, de nombreuses entreprises cherchent des modèles hybrides pour concilier flexibilité, collaboration et bien-être. L’open space n’est plus un dogme, mais une brique d’un écosystème de travail plus large.

L’open space 2.0 : flex office, coworking, espaces hybrides

Parmi les nouvelles tendances :

  • Le flex office, qui supprime les postes attitrés au profit de zones modulables selon les activités (réunion, concentration, détente)
  • Les espaces de coworking, plus conviviaux et souples, parfois intégrés dans l’entreprise
  • Les zones de silence, phone boxes et salles de créativité, qui offrent une vraie diversité d’usages

Ces solutions permettent de réintroduire du choix, du mouvement et du contrôle individuel sur son environnement de travail.

Le retour des bureaux fermés : simple tendance ou prise de conscience ?

Certaines entreprises, notamment après la pandémie, font le choix de resegmenter leurs espaces. Le bureau fermé redevient un espace de refuge, de concentration profonde ou de confidentialité nécessaire.

Ce retour en arrière est-il temporaire ou révèle-t-il une prise de conscience managériale plus large ? La réponse dépend souvent de la culture d’entreprise, du type d’activité et des profils des collaborateurs.


Comment repenser le management en open space ?

Plus qu’une question d’aménagement, l’open space pose des enjeux managériaux majeurs. Pour fonctionner, ce modèle exige une gouvernance adaptée, des outils appropriés et une culture de la confiance.

Instaurer un cadre clair : règles, rituels et respect

Un bon open space repose sur un cadre collectif clair et partagé :

  • Des règles de fonctionnement (zones calmes, temps de silence, gestion des appels)
  • Des rituels d’équipe pour maintenir la cohésion malgré la promiscuité
  • Une écoute active des besoins des salariés (via des enquêtes internes, des retours réguliers)

Le management de proximité est clé pour faire vivre ce cadre, l’ajuster et en faire un levier d’engagement.

Outiller les équipes : technologies, design et culture du feedback

Au-delà du mobilier, il faut outiller les collaborateurs pour qu’ils s’approprient l’espace :

  • Casques anti-bruit, écrans de confidentialité, applications de réservation d’espaces
  • Signalétique claire et espaces pensés pour différents usages (focus, échange, détente)
  • Formation à la communication non violente, à la gestion de l’attention et au feedback constructif

Un open space bien pensé peut alors devenir un lieu d’expérimentation managériale, au service de l’autonomie et de la performance collective.


Faut-il en finir avec l’open space ? Le point de vue des experts

Alors que certaines entreprises veulent en sortir, d’autres le réinventent. Ce modèle ne fait plus l’unanimité, mais il n’est pas voué à disparaître.

Études et témoignages : ce que disent les salariés et managers

Les retours d’expérience montrent que l’efficacité d’un open space dépend du contexte. Dans une équipe créative, il peut être stimulant. Pour des fonctions nécessitant de la concentration ou de la confidentialité, il devient vite contre-productif.

Les salariés réclament plus de choix, de modularité et de reconnaissance de leurs besoins individuels. Les managers, eux, pointent souvent le manque d’outils adaptés pour encadrer ce type d’environnement.

Vers un modèle de management du 3ᵉ type : quelles pistes concrètes ?

Ce que révèle le débat sur l’open space, c’est la nécessité de repenser le management au-delà des murs. Le « 3ᵉ type », c’est peut-être celui d’un management centré sur la confiance, l’adaptabilité et l’écoute des collaborateurs.

Un modèle où l’espace de travail devient un outil au service de la stratégie RH, et non l’inverse. Où la performance ne se mesure plus à la surface occupée, mais à la qualité des interactions qu’elle permet.